Réfugié syrien… il y a 30 ans

Lui a fui le régime d’el­Assad… père, en 1986. Une date cruelle mais aussi le début d’une renaissance. Ce que ce paisible commerçant militant voudrait également offrir à ses (ex) compatriotes en détresse aujourd’hui.

J’ai toujours considéré comme mon vrai pays celui qui a su me respecter. Et ce n’est vraiment pas le cas de la Syrie. » Aussi Nadim Chaghouri se considère­-t-­il d’abord comme Français. Il en a d’ailleurs la nationalité depuis 1988. Deux ans plus tôt, il mettait pour la première fois les pieds en France.

« C’était le 4 janvier 1986. Je m’en souviens comme si c’était hier. Aussi longtemps qu’on n’avait pas décollé de Damas, j’avais la peur au ventre. » À trois reprises, le jeune Nadim avait déjà été convoqué par les services secrets du régime. Par trois fois, il en avait réchappé. « J’avais été dénoncé », raconte cet homme de 57 ans au sourire doux et au verbe posé précautionneusement. « Ironie du sort, ça ne concernait pas les faits que j’avais effectivement commis. » Car le régime d’Hafez el­Assad (père de l’actuel président) aurait effectivement eu tout lieu de le clouer dans ses geôles.

Inscrit à la faculté de Damas, cet étudiant en sciences, originaire de Homs, militait clandestinement contre cette dictature, extrêmement répressive comme son propre cousin en avait fait la tragique expérience. « Il a osé se plaindre de la cherté de la vie devant un collègue. Une heure et demie après, il était arrêté. On ne l’a plus jamais revu. » C’était en 1979.

L’accusation était grosse

Nadim, lui, est sorti libre de ses convocations successives grâce à l’entregent d’un ami général. Surtout, les accusations portées à son encontre avaient un peu forcé le trait. « Mon délateur m’aurait notamment entendu insulter le président. En apprenant ça, j’ai souri. Vous imaginez, ai-je dit au colonel qui m’interrogeait, que quiconque dans ce pays ose insulter le président en public ? »

Effectivement, ça aurait été suicidaire. L’accusation était « trop grosse » et c’est ce qui a contribué à le sauver. Mais le jeune homme avait senti le vent du boulet. C’était décidé, il partait pour la France, en intimant à sa famille de ne surtout pas hésiter à le renier. Elle l’a fait. C’était une question de vie ou de mort. Ainsi Nadim n’a­-t-­il plus jamais revu ni ses parents, ni aucun de ses quatre frères. « Et ça, c’est l’un de mes rares regrets : d’avoir ainsi été coupé de ma famille. »

Soif d’intégration

En France, Nadim a posé ses valises à Nancy où ses contacts lui promettaient une intégration pas trop difficile. Et de fait, il a mené son petit bon-homme de chemin. Il s’est empressé d’apprendre le français, sa demande d’asile lui a été accordée rapidement.

Devenu papa, il a dû toutefois interrompre ses études (« ça, c’est mon  autre regret »), mais après avoir occupé divers emplois, il a fini par ouvrir un commerce de photocopie­-reprographie dans le quartier Saint ­Nicolas. « Et j’ai fait ma vie », résume ce père de trois filles. « Pour être tout à fait honnête, je considère que ça s’est fait sans problème. »

Et c’est parce que ses (ex ?) compatriotes arrivant aujourd’hui ne peuvent pas en dire autant que le discret commerçant vient de créer l’association France­Syrie Entraide. Sans doute aussi parce qu’il retrouve chez eux la même soif d’intégration, et la même urgence de vivre en paix qui l’accompagnaient, lui, le jeune Nadim Chaghouri, il y a exactement… 30 ans.

Lysiane GANOUSSE

S’intégrer, par tous les moyens

« Le peuple syrien est un peuple qui s’intègre très vite et très bien » Voilà pour l’affirmation. Assortie aussi d’une contestation : « J’entends parler d’immigration de masse en provenance de Syrie. Mais vous savez combien sont effectivement arrivés et qui ont demandé l’asile en France ? Un peu moins de 3.000. En Allemagne, oui, ils sont 300.000 à 400.000, mais pas en France. »

Ces deux rappels ayant été faits, Nadim Chaghouri peut expliquer en quoi consiste la toute neuve association France­-Syrie Entraide dont il est l’un des instigateurs, et le président. Une association résolument laïque qui, depuis sa création en janvier dernier, officialise ce qui se faisait déjà depuis des mois de façon informelle : « Faciliter l’intégration des réfugiés syriens dans la société française ».

Deux directions sont données à son action. Sur un plan pragmatique, l’association s’emploiera à aider les nouveaux venus à se dépêtrer dans leurs démarches administratives, à accéder à un logement décent (« soit en nous adressant à des amis propriétaires, soit en trouvant des garants »), et à se familiariser à la langue française le plus vite possible.

« L’association du Buisson Ardent nous a ouvert deux créneaux horaires par semaine pour donner des cours niveau grands débutants. Et la MJC Lillebonne nous a libéré une salle pour les débutants avancés. C’est notre secrétaire Jacques Cré­peau qui assure les cours. »

L’autre aspect sur lequel FSE porte ses efforts tient à l’intégration socio-culturelle. « Et là, il s’agit de favoriser au maximum les rencontres et échanges entre Français et Syriens. Pour dîner, partager une conversation, ou même une excursion. En juillet, en Alsace, par exemple. » En espérant que le car, comme bientôt l’association, compte autant de Français que de Syriens !

L. G.

 

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